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Le réchauffement climatique va-t-il à terme menacer le stockage numérique ?
... et donc l’édition et ses plateformes en ligne ?

Début novembre, comme le notait une collègue responsable d’un centre de documentation juridique, un éditeur annonçait par email que, sous prétexte de participer modestement à sauver notre monde, il passait une revue en format uniquement numérique. Exit le papier donc.

Si évidemment, c’est bon pour les arbres, notre collègue faisait remarquer que c’est aller un peu vite en besogne en occultant que :

  • le numérique est responsable de 2,5% du total des émissions de gaz à effet de serre en France (16,9 millions de tonnes de CO2). 2,5%, cela semble peu, mais cela devrait doubler d’ici 2025 selon l’ADEME citant The Shift Project voire tripler d’ici 2040. Cela dit, il y a un débat sur l’importance de cet impact [1]
  • passer au tout numérique fait faire des économies importantes à l’éditeur mais pas au client – on a rarement vu des baisses de prix à cette occasion
  • enfin, nous perdons, en tant que client, notre fond documentaire pérenne : si un jour on doit résilier l’abonnement à la base de données ou le site/la base crashe ou encore l’éditeur disparaît (et on sait que ce ne sont pas des fictions [2]), eh bien, les archives aussi.

Nous payons donc pour une consommation à un moment T pour une durée non définie et non pas pour un produit dont on devient propriétaire définitivement comme auparavant avec la version papier. Ce n’est donc plus un produit durable.

Plus haut, on ne parlait que de la France, donc pas du CO2 émis par toutes les instances de cloud basées à l’étranger, notamment aux Etats-Unis ou en Irlande ni du CO2 importé du fait de la construction des appareils hors de France. Or, sans être actuellement l’industrie la plus impactante en termes de gaz à effet de serre (et de loin), les serveurs et data centers participent au réchauffement climatique. Il suffit de lire la bibliographie en fin de billet pour s’en convaincre.

Certes, les serveurs font des progrès pour abaisser leur empreinte carbone. Mais comme la consommation de tera-octets et de bande passante ne cesse d’augmenter ... Sans parler de leur part croissante dans la consommation et la demande d’énergie. Ni des besoins en eau de nos centrales nucléaires pour leur refroidissement, besoins dont il est évident qu’ils seront à l’avenir contrariés par les canicules ... [3]

Si dans 15 ans, avec les étés fournaises à 49 ou 50° C. pendant deux mois sur l’Ile-de-France [4], on oblige les hyperscalers et les data centers à moins réchauffer l’air extérieur et à diminuer leur consommation d’électricité et donc à rationaliser ce qui est conservé en ligne [5] ... les suppressions massives de collections papier auront-elles l’air aussi justifiées qu’aujourd’hui ?

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste

Bibliographie

Pics de chaleur en France d’ici 2100

Centrales nucléaires et eau/canicule

Informatique/Internet et réchauffement climatique

Data centers/cloud et réchauffement climatique

Notes

[1Voir le fil de discussion sur Twitter lancé par Gilles Babinet, co-président du Conseil national du numérique, et le plaidoyer de Rexecode pour l’industrie française du numérique.

[3Par ailleurs, leurs rejets peuvent abîmer la faune et la flore des fleuves.

[4En 2010, on peut prévoir, vu le peu d’effets des COP et autres initiatives gouvernementales, des pics à 55 degrés dans l’Est et le Nord de la France.

[5Comme dans l’exceptionnelle bande dessinée / roman graphique Préférence système d’Ugo Bienvenue (Denoël, 2019).